Les 25 ans d’IDS Technologie au service de l’information et de la communication

« L’ordinateur et l’internet sont au cœur de l’économie numérique. Il faut… les rendre accessibles à tous », lance M. Daya MINLEKIBE

Togo Presse : Vous avez commémoré modestement en mars 2020, les 25 ans d’IDS Technologie. Alors que vous entamez en ce moment l’aventure des 25 prochaines années, pourriez-vous nous dire le sentiment qui vous anime ?


M. Daya Minlekibe : Pour répondre à votre question, re-situons-nous en mars 1995, date de création d’IDS Technologie, pour nous rappeler le contexte des technologies de l’information et de la communication à cette époque.Nous étions, en effet, à une période marquée par le déclin et la fin des grands systèmes dits prioritaires, car détenus par de grosses entreprises américaines et européennes (IBM, DIGITAL, BULL, etc.).En même temps, on assistait à l’apparition et à la production en grande quantité de petits systèmes informatiques, les micro-ordinateurs (PC ou Personal Computer) avec des modèles de bureau (Desktops) et des modèles portables et légers (laptops ou notebooks).Ces petits systèmes fonctionnaient pour la plupart avec un logiciel d’exploitation appelé DOS (Disk Operating System) dont une version mieux élaborée, appelée Windows 95, fut éditée en 1995 par Microsoft.Beaucoup de grands fabricants d’ordinateurs vont devenir ainsi fabricants de micro-ordinateurs, avec de nouveaux acteurs du marché, qui vont inonder le monde de cette technologie.

Avec Windows 95 et ses versions futures, le micro-ordinateur va révolutionner l’informatique qui va devenir accessible à un grand nombre d’utilisateurs. Les technologies des réseaux vont murir et permettre de relier efficacement les micro-ordinateurs et toutes leurs ressources et périphériques habituels (disques pour le stockage des données, imprimantes, lecteurs de sauvegarde).

L’internet, le réseau des réseaux va se répandre rapidement dans l’environnement des micro-ordinateurs et arriver au Togo en 1997 par Café Informatique. C’est dans ce contexte qu’est née IDS Technologie, (Ingénierie et Distribution de Solutions de Haute Technologie).

L’idée qui habitait les jeunes promoteurs d’alors que nous étions, c’est que le micro-ordinateur pouvait être un instrument efficace dans les traitements fastidieux auxquels se livraient les comptables, directeurs administratifs et tous les gestionnaires à qui nous délivrions du support, dans le cadre de nos contrats de maintenance et de développements de nouveaux logiciels. Notre ambition était alors d’aider tous nos clients à faire de l’ordinateur un outil de productivité, car non seulement les traitements sur les grands systèmes étaient fastidieux, mais aussi très coûteux. C’est ainsi que nous avons commencé par distribuer les micro-ordinateurs et former nos clients à leur utilisation et à l’exploitation de nouveaux logiciels.

Vingt-cinq (25) ans après, le sentiment qui nous anime est celui du devoir accompli.

Nous avons choisi d’évoluer dans un secteur qui nous passionnait et dans lequel les technologies évoluent très rapidement. Nous avons accompagné avec enthousiasme beaucoup de nos clients dans ces transformations. Des collaborateurs plus jeunes et motivés nous ont rejoints au fil des années et désirent se former pour poursuivre avec nous cette aventure. C’est un sentiment de joie et de reconnaissance qui nous anime. Joie du devoir accompli. Reconnaissance pour les clients qui nous ont fait confiance, pour nos partenaires financiers et les partenaires technologiques qui nous ont soutenus, reconnaissance à nos autorités de tutelle.

Togo Presse : Quels sont les produits et services qui ont marqué le parcours de votre entreprise ces 25 dernières années ?

M. Daya Minlekibe : Au cours de ces 25 dernières années de notre parcours, notre ambition est demeurée la même : aider les entreprises à faire de l’ordinateur un réel outil de productivité. Pour réussir notre mission, nous avons commencé par former nos clients à l’utilisation des logiciels sur micro-ordinateurs et à vendre et maintenir des micro-ordinateurs. Ensuite nous avons maitrisé les technologies réseaux, le câblage des services et des immeubles pour permettre de travailler en réseau.

Nous avons fourni de l’internet au grand public et à beaucoup d’entreprises.  Nous avons accompagné plusieurs entreprises qui sont passés de l’utilisation des grands systèmes aux micro-ordinateurs et systèmes en réseaux ou du manuel au micro-ordinateur. Tout ceci nous a conduits à développer une expertise dans les systèmes d’exploitation, les réseaux et leur sécurité, les logiciels bureautiques, les applications de gestion, les langages de programmation, générateurs d’applications et systèmes de gestion de bases de données. Cette expertise, nous l’avons mise au service du développement de nos clients.

Togo Presse : Pouvez-vous nous décrire en quelques mots quelle a été la contribution d’IDS Technologie au développement des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans notre pays ?

M. Daya Minlekibe : IDS Technologie a basé son développement sur le service aux entreprises. Notre contribution ne peut donc se mesurer qu’à travers les services livrés, surtout aux entreprises. Nous avons initié à la micro-informatique beaucoup d’entreprises qui ne connaissaient que les grands systèmes et avons ainsi contribué à la définition de nouvelles architectures pour ces clients. Nous avons conçu et réalisé de nombreux réseaux d’entreprises en cuivre et ensuite en fibre optique (TOGO & SHELL, PAL, CNSS, etc.)

Confrontés à la question de la qualité de l’énergie électrique, nous avons dû développer une expertise dans l’installation des alimentations régulées (régulateurs, stabilisateurs, onduleurs, etc.) pour soutenir les ordinateurs et data centers de nos clients. Aujourd’hui, nous commençons à nous impliquer dans les énergies renouvelables tels que le solaire.

Sollicités pour accompagner nos clients dans leurs projets de décentralisation sur toute l’étendue du territoire national, nous avons mis en place, dès 2006, une plateforme numérique appelée ALVANET, pour l’interconnexion et le transfert des données. Cette plateforme Intranet constitue pour nous une contribution majeure pour accélérer la décentralisation dans notre pays.

Toutes ces réalisations dans les domaines de la conduite des projets, du génie logiciel, des réseaux et de l’internet ont été possibles grâce à la demande et à la confiance de nos clients et nous leur exprimons ici notre reconnaissance. Nous avons, par exemple à la demande de l’Union des Communes du Togo, aidé quelques mairies dans la mise en place de leur système de gestion de l’état civil et la gestion des recettes municipales.

Nous avons assisté la CNSS, dès 1996, dans la restructuration de son système d’information, passant ainsi des systèmes propriétaires incompatibles aux réseaux et aux micro-ordinateurs. Plus récemment, à l’avènement de l’OTR, IDS Technologie a accompagné cette institution dans sa première informatisation, avec la mise en place de son réseau informatique et de son premier logiciel de paie. Nous sommes aujourd’hui à l’ère du numérique et la préoccupation de toutes les entreprises nationales privées ou publiques et même de l’administration est de réussir leur passage vers le digital. Le gouvernement s’est doté ainsi d’un ministère de l’Economie Numérique et de la Transformation Digitale (MENTD). C’est dire combien les plus hautes autorités de notre pays accordent une grande importance à ce secteur. Notre mission dans ce contexte est d’accompagner encore plus que par le passé nos clients dans leurs processus de transformation digitale, en les entourant de nos conseils et de notre expertise.

Nous avons aussi compris dans notre parcours que pour promouvoir l’économie numérique dans notre pays, nous devons travailler ensemble avec les autres acteurs privés et trouver des mécanismes de concertation avec nos autorités de tutelle. C’est la raison pour laquelle nous avons contribué en 2006, comme membre fondateur, à la création de l’Entente des Spécialistes Togolais en Technologie de l’Information et de la Communication (ESTETIC), une association qui souhaite développer avec ses membres les métiers du numérique et constituer une force de propositions vis-à-vis des autorités publiques.

Togo Presse : Quel est, selon vous, l’avenir de l’économie numérique au Togo ?

M. Daya Minlekibe : Pour nous l’économie numérique a un bel avenir au Togo et de manière générale en Afrique. Les besoins à couvrir sont énormes et beaucoup de domaines restent en attente de solutions innovantes.

En effet comme technologies transversales, les technologies de l’information et de la communication (TIC) concernent toutes nos activités et peuvent donc contribuer à les réaliser plus rapidement et plus efficacement, en améliorant aussi bien la qualité que la productivité du travail humain. En introduisant l’ordinateur et l’internet à tous les niveaux de l’activité humaine, on contribue ainsi à développer les métiers du numérique et à assurer un meilleur avenir à cette économie.

Togo Presse : Que doivent faire les acteurs de l’économie numérique pour que le digital prenne de plus en plus une part importante dans la vie des citoyens ?

M. Daya Minlekibe : Pour dynamiser l’économie numérique et faire en sorte que le digital occupe une place de plus en plus importante dans la vie du citoyen, chacun des acteurs doit prendre conscience de l’importance de son rôle et le jouer avec toute la responsabilité requise. L’ordinateur et l’internet sont au cœur de l’économie numérique. Il faut donc prendre des mesures pour les rendre accessibles à tous les citoyens sur toute l’étendue du territoire. Tous les acteurs doivent contribuer à réduire la fracture numérique.

Le rôle du gouvernement est de mettre sur pied un écosystème favorable au développement d’entreprises privées capables de dynamiser le secteur de l’économie numérique à savoir, les FAI (Fournisseurs d’Accès Internet), les Startups, les entreprises spécialisées dans le génie logiciel, les opérateurs de téléphonie fixe et mobile, etc. Ceci implique la définition et la mise en œuvre d’un cadre réglementaire permettant une saine concurrence entre les acteurs. Une piste de développement possible serait aussi de mettre en place des mesures incitatives pour les startups, en les accompagnant dans leurs besoins de financement.

Des mesures d’accompagnement de type fiscal par exemple peuvent aussi être envisagées pour accompagner les ménages, les écoles et les universités dans l’acquisition de l’outil informatique et des terminaux d’accès à internet comme ce fut le cas en 2017.

Pendant la pandémie du covid-19, les systèmes de paiement numériques (TMoney, Flooz) ont été d’un grand secours pour les populations (programme Novissi). Mais l’économie numérique ne concerne pas que le secteur financier. Si elles sont bien aidées, les startups dans notre pays peuvent montrer leur capacité d’innovation, ce qu’elles font déjà malgré l’absence de soutien.

Togo Presse : Pensez-vous que les autorités togolaises actuelles œuvrent dans la bonne direction ?

M. Daya Minlekibe : Au vu et à la lecture des projets et réalisations en cours (Mise en place et dynamisation de l’ARCEP, privatisation de Togo Telecom, agrément des FAI, mise en place du Carrier Hôtel, construction d’un point d’échange, consolidation des infrastructures du domaine « .TG », etc.), nous pensons que les autorités togolaises œuvrent dans la bonne direction.

Cependant aucune œuvre n’étant parfaite, ce qui pourrait encore être fait, c’est d’utiliser tous les leviers possibles pour faire baisser les coûts d’accès à l’internet de façon à réduire la fracture numérique. Pendant les durs moments de la pandémie du covid-19 par exemple, nous avons vu des étudiants livrés à eux-mêmes sans moyens d’accès à internet pour suivre les cours en ligne. Notre souhait est aussi de voir de plus en plus les entreprises nationales s’impliquer dans les différentes réalisations en cours de l’état, afin de leur assurer une garantie de support et de pérennité. Certains pays de l’UEMOA ont imposé une participation nationale aux entreprises étrangères porteuses de projets, pour stimuler les investissements et apports nationaux. Les autorités de notre pays pourraient aussi s’en inspirer, pour sécuriser les investisseurs nationaux.

Togo Presse : Quel est votre regard sur les technologies de l’information et de la communication à l’ère de la crise sanitaire mondiale ?

M. Daya Minlekibe : A la lumière de tout ce qui se passe en ce moment et ce, depuis le début de la crise sanitaire, nous voyons tous combien les technologies de l’information et de la communication jouent un rôle important, tant dans la diffusion des bonnes informations sur cette pandémie que dans la gestion des activités essentielles qui doivent continuer malgré tout. Pour illustrer mon propos je vous donnerai quelques exemples. Dès le mois d’avril 2020, lorsque les mesures de confinement et de protection rendaient difficile, voire impossible, les rencontres, les entreprises, de façon générale, et celles du secteur bancaire, en particulier, ont commencé par mettre en place ou mettre à jour leurs plans de continuité d’activités. Ces plans passent par l’utilisation active des technologies de l’information et de la communication. Il a fallu, pour ce faire, renforcer la haute disponibilité des plateformes réseaux et d’interconnexion de nos clients ainsi que les dispositifs d’autonomie en énergie électrique. Certains de nos clients nous ont sollicités pour la mise en place des plateformes de télétravail. Ces plateformes sont des solutions logicielles sécurisées, afin de permettre de travailler sur les ordinateurs centraux des entreprises depuis le domicile, pour assurer la continuité du travail.

La pandémie du covid-19 a ainsi dévoilé les inégalités entre nos pays et au sein d’un même pays, en matière de couverture en infrastructures de télécommunications et notamment de l’internet. C’est ce que nous appelons la fracture numérique.

Aussi, en ce 17 Mai, où l’on célèbre la journée mondiale des télécommunications et de la société de l’information, est-il heureux de voir que le gouvernement de notre pays, qui a visiblement compris l’importance de ces enjeux, prend les mesures qui s’imposent pour accélérer la transformation numérique de notre pays et mettre aussi le digital au cœur de la vie du citoyen. Ceci étant dit, le digital n’apporte pas que des solutions. La prolifération des fausses informations (fake news), l’intrusion dans les réseaux, et la cybercriminalité sont des fléaux et des délits à combattre par des mesures techniques (sécurisation) et pénales.

Des voix plus autorisées que la mienne pourront mieux vous édifier sur les mesures déjà prises au Togo.

Propos recueillis par Dorothée BROOHM

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